Je parcours la forêt
steinbachoise depuis près de trente ans. M’y promener est une
recherche d’équilibre. Revenir du travail et aller faire un tour,
relève pour moi d’une conduite d’hygiène mentale. La proximité
forestière valorise mon lieu d’habitation, parce que j’y
exploite cette possibilité de prendre l’air.
La balade peut-être
une forme d’entre deux : pour que vie professionnelle et vie
personnelle ne s’envahissent pas trop.
En marchant… je
rêve.
Je n’assiste plus
personne, je ne rends rien supportable, je ne veille plus aux
droits, enfin si, mais pas concrètement.
Si j’ai bien rêvé,
je rentre avec joie.
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| Sortie de foret, retour vers la maison par le Gesetzweg |
« Allons aux
bois » Un groupe s’est constitué autour d’un autre attrait
forestier, celui de pouvoir faire du bois de chauffage. Entraide,
assistance, partage parfois mutualisation des forces, aussi des
compétences et du matériel, gestion du temps et des moyens de
transport. Si j’aime bien être seul en forêt par ailleurs, ce
moment dans l’année où l’on extrait du bois est un régal
collectif. L’objectif final c’est celui d’ avoir chaud
l’hiver.
Si j’ai bien
transpiré, je rentre avec joie.
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| Aulnaie de la Mounimata |
En
automne, la forêt sous la pluie est un signal pour la recherche des
champignons comestibles.
Comment les sous bois viennent à ma table ?
Après ma cueillette je prépare les chanterelles jaunes et
grises, et les pieds de mouton, clitocybes améthystes et
trompettes. Une cuisson de 30 minutes minimale est recommandée pour
les chanterelles. Je fais suer, puis je mets un fond d'eau et je
couvre. Dans la poêle, je fais légèrement revenir les lardons de
guanciale jusqu’à ce
qu’ils soient translucides, avec du poivre
et des graines de fenouil, j’ajoute de la crème et hop ! dans
la casserole des champignons. Pour récupérer les sucs caramélisés
je refais le passage une deuxième fois entre la poêle et la
casserole.
L'or de l'automne est dans notre assiette.
Je suis à la recherche des plus grands arbres...
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| le chêne de l'Iffis, parcelle 1 |
La couronne du chêne dépasse la forêt
qui l'entoure. Près de 3m50 de circonférence à un mètre de
hauteur, de quoi faire un beau discours... plutôt une
conférence.
Je songe à l’histoire de ce chêne ;
mais que faisait-il en 1850 ?
Qui avait-il comme voisin ?
Comment a-t-il survécu à la guerre,
est-il devenu sourd avec tous les obus tombés aux alentours ?
Est ce qu'il aime que la laie vienne allaiter ses marcassins sous
son couvert ?
Sur l'autre versant du vallon, le chêne du Schletzenbourg,
ressemble parfois à une pieuvre, parfois à une araignée,
parfois à une main...Vous me direz ce
que vous voyez ? En vous rendant sur place, bien sûr ! C'est une
invitation au voyage...
Je rêve d'un soir d'été où des
lampions accrochés à ses branches basses, m'éclairent. Je
raconterai alors l'histoire des lunettes de la sorcière ici à
Steinbach.
Mais pour l'histoire de l'œil, il vous
faudra aller à Thann !
Sous le couvert forestier, le long du ruisseau de l’Entzenbach et
en longeant les cours d’eau adjacents, je vous propose de suivre
une remontée du vallon.
Ici, pousse une plante extra
ordinaire : la lunaire, lunaria rediviva. Avant
que les feuilles ne reviennent aux arbres, elle croit à vitesse très
rapide, sa floraison
enchante mes yeux, son parfum enivrant est diffusé dans les sous
bois. Une fois fruits et surtout graines arrivées à maturité, il
restera des siliques, la cloison centrale argentée, translucide,
reste attachée longtemps à la plante desséchée. C’est la plante
emblématique de ces lieux et si le vent souffle elles danseront pour
vous avec un léger bruit de papier calque froissé.