Avec les forsythias en fleur, en finir avec la vie…
Déjà rendre le
dernier souffle…
Mais ça va beaucoup
trop vite !
Delphine, dans la
quarantaine rejoint les pages noires de l’inconnu, comme un
plongeon dans les mers obscures.
Depuis l’
expulsion de son monde aquatique originel, sa naissance, avec son
premier cri respiratoire, avec cette vie d’adulte menée au coté
de Guillaume, puis avec la venue de Jules.
Le dernier souffle
de Delphine, celui de son départ, vient beaucoup trop tôt. C’est
un arrachement !
Ce passage terrestre
a pourtant la fulgurance d’un feu d’artifice, les peines et les
joies ne s’équilibrent pas, il y a trop d’incomplétude. Une
rage déprimante m’envahit, je retiens mes larmes…
Delphine, je t’ai
aimé de cette joie désexualisée, qui ont fait de notre rencontre
un compagnonnage collaboratif. Ton sens de la synthèse, de
l’organisation, vient toujours mettre un titre sur une idée,
régule le passage à l’autre idée, recentre, dépouille les
égarements, et mes nombreux idiotismes. En groupe nous avons préparé
des animations qui sont devenues des fêtes, à destination du
village, ou à peine plus modestement entre amis.
Organiser est le mot
majeur de ce parcours commun, « organiser le hasard de la
rencontre », pour que les personnes présentes, participantes
puissent dire j’ai passé un bon moment, j’aurai des nouvelles
histoires à raconter. Delphine a bossé pour ce partage, avec une
esthétique de la fête, une ambiance, un décor, un déguisement, du
travail en cuisine, soutenue d’une vision extraordinaire du bien
être de tous, du confort et d’un sens du partage généreux.
Comme c’est
violent de devoir faire sien, aussi brusquement avec ce que d’autres
nous ont transmis.
Delphine, je trouve
que tu as bien intégré Molière qui se demande si la première
fonction de l’Homme est de plaire. J’ai aimé tes brefs passages
sur le devant de la scène, mais surtout l’immense travail
d’organisation, de mise en œuvre pour la réalisation, la
répartition des taches, la modération et je l’ai toujours vécu
comme un appui à l’engagement.
Delphine tu as
souvent été notre première ministre, la dame du faire, du rendre
possible..
Je lâche un gros
mot, celui que je dis quand je m’enlise.
Je crains la
dépression, je crains la dépression de notre collectif associatif,
amical. Il est déjà sérieusement mis à l’épreuve par des
pertes qui nous submergent, comme une blessure toujours ouverte de la
mort. La dépression est elle une tentative de cicatrice à
construire ?
Delphine du fait de
ta santé fragile, tu as été en difficulté pour intégrer le
monde du travail. Mais ta force de vie, ton énergie a été
mise au service de ta famille et des autres. Dans les autres il y a
notre association, une partie de vie de village, avec des personnes a
qui l’ont parle.
J’aimerais que
l’on fasse sien ce sens extra ordinaire, vital d’être utile aux
autres, au social, merci Delphine.
« Eisbrecher
brechen nur das Eis, Eisbrecher brechen keine Hertzen » Nena
Le matériel ne
remplacera pas le cœur. Que le cœur soit symbolique, réel ou issu de
nos rêves il est porteur de générosité et d’endurance, je te
remercie Delphine.
Partager le désarroi
de la mort de Delphine et mettre en place des petites choses, pour
lui dire notre adieu et parler du vide qu’elle crée dans nos vies
autour de nous. Fabriquer une fleur en papier.. Ce moment géant du faire une bricole et de parler et c’est un champ de fleurs qui t’es envoyé.
Je suis désolé de
n’avoir pas pu dire ou créer de trace forte de reconnaissance, de
ton vivant.
Elle ne savait pas que j’ai gardé accroché dans mon
sous sol encombré une affiche d’atelier « la tambouille des
sorcières » qu’elle m’a fabriqué.
Que la force de Delphine soit avec nous